Miamourdises

éloge de la gourmandise

18 avril 2011

Nonno

          Quand on demandait à Nonno de nous expliquer une recette de cuisine, on voyait ses yeux s'illuminer, il se redressait un peu, réfléchissait quelques secondes, se tortillait sur sa chaise, ne sachant par où commencer, et débutait alors un long long discours ponctué de "T'as compris ce qu'il a dit le Nonno?" . Il fallait prendre des notes, et Nonno s'assurait à plusieurs reprises que tout était parfaitement compris, exactement comme il l'avait dit. Je nous revois, assis à la table de la cuisine, après avoir demandé à Nonno la recette de la "parmeggiana", recette qu'il faisait très souvent, pour nous faire plaisir et nous régaler. Il en préparait des barquettes, les congelait, et nous les donnait quand nous allions lui rendre visite. Donc Nonno me parlait de l'importance de la sauce tomate "Tu comprends, tu achètes la tomate pelée, comme ça (et il sortait une boîte de son placard pour me la montrer), et tu la mixes, comme pour faire la soupe, mais tu prends un grand saladier, sinon ça coule partout et la Nonna elle est pas contente". Et il rigolait et s'approchait de Nonna pour lui faire un bisou.Et Nonna riait aussi, toujours, de bon coeur.

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          La recette pour laquelle Nonno excellait, sa spécialité, c'était les arancinis. Longtemps j'ai cru que Nonno disait 'orangines", quand j'étais petite je m'imaginais des petites oranges, et finalement, je n'étais pas si loin de la réalité, car les arancinis sont des petits boules de riz, panées et passées à la friture. A l'intérieur, Nonno les garnissait d'une sauce tomate agrémentée de petits pois et de boeuf haché, puis de dés de mozzarella. Une fois cuites, il nous les servait sur une serviette en papier, et on croquait dedans ainsi, c'est comme ça qu'elles étaient les plus gourmandes, la mozzarella fondue faisait des fils, la crôute de chapelure croquait... et le regard de Nonno brillait.

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          J'ai eu l'occasion de voir Nonno faire les arancinis à plusieurs reprises, et c'était toujours un moment exceptionnel, une sorte de fête. Aujourd'hui, je me dis que je n'en mesurais pas la chance, et je donnerai n'importe quoi pour pouvoir le revoir à l'oeuvre juste une fois. C'était très technique, la cuisson du riz devait être parfaite, et le choix du riz était primordial. Il avait cette façon de tourner les boules de riz dans ses mains et de les façonner qui n'appartient qu'à lui. Il les faisait frire à la cave, sur sa petite gazinière, et je me souviendrai toujours du jour où nous aviosn fêté l'anniversaire de Nonna : Nonno avait fait des arancinis pour toute la famille, peut-être une centaine, et on descendait tour à tour les chercher à la cave, on discutait un peu avec Nonno, fier de ce qu'il accomplissait, fier de nourrir sa famille. On finissait toujours pas une arancini "con burro ", une juste avec de la mozzarella  et du beurre, c'était presque un dessert.

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          Je ne vous donnerai pas la recette des arancinis de Nonno, j'aurai trop peur d'omettre quelque chose, il aurait fallu l'entendre dire, il aurait fallu le voir, le connaître et l'aimer. Mais si vous allez en Sicile, au détour d'une rue, arrêtez-vous pour déguster une arancini, croquer dedans à pleine dents, régalez-vous les yeux et le ventre, et vous penserez certainement, comme Nonno, que la vie est "Mag- nifique".

Posté par Lauriana à 10:56 - Riz, pâtes, blé - Commentaires [12] - Permalien [#] - Imprimer cette recette

 


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